20 désanm lé mor !
Peut-être pas encore, mais je crois salutaire l'action menée par l'Union Régionale CFDT qui a déposé une gerbe de fleurs mortuaire dans quatre hypermarchés de l'île.
On peut lire dans Le Quotidien de la Réunion de ce matin ce propos du responsable de la CFDT :
"On souhaite rencontrer les autres organisations syndicales ainsi que les associations attachées à ce jour symbolique. C'est un jour comme un autre alors que c'est le jour où le peuple réunionnais est devenu libre. On nous a libéré des chaînes de l'esclavage, mais pour nous enchaîner à celles de la consommation. L'an prochain, on espère pouvoir mener cette opération dns toutes les grandes surfaces de l'île. Parce que la question du travail ce jour-là est importante. Pourquoi on ne travaille pas le 14 juillet, et que tout est ouvert le 20 décembre ?..."
Les raccourcis du syndicaliste sont certes parfois saisissants, mais le problème posé est essentiel dans les sens où il touche à l'essence même de cette journée.
Le 20 décembre mérite un autre sort que d'être voué à devenir une journée consacrée aux courses pour le réveillon de Noël.



J'ai reçu ce message de Pierre C. sur ma boite courriel :
" Je ne sais pas si le 20 desamb lé mort, ce qui me parait évident, c'est que le grand commerce ravage tout...
C'est, à mon avis, bien dommage car la mondialisation ici aussi démolit beaucoup de choses. Pour ma part, sans être nostalgique de caractère, je le déplore car celà me rappelle comment mon enfance dans un pays de caractère a été balayée...! Nous sommes plusieurs à chercher le bénéfice de ces mutations...!"
Rédigé par: Pierre C. | 22 décembre 2006 at 09:31
J'ai aussi reçu dans ma boîte courriel cette réaction de Yannick G, que je vous livre ci-dessous :
"Si il y a bien une bataille à mener ici, c'est effectivement celle contre la cupidité sans limite des grands groupes qui font tout pour attiser le feu de la sur-consommation d'une population qui s'y prête, car moins habituée.
Comment comprendre autrement ce déséquilibre saisissant entre
investissement marketing (budgets publicité gigantesques) et investissement écologique (souvent aucun budget ou presque sur ce point) ou investissement social ?
Plusieurs pistes à mon avis :
1. Il faut agir au niveau de la publicité et ce via deux axes. D'abord
militer pour limiter sa présence dans l'espace public (mon père est venu
me rendre visite il y a un mois et lorsque je l'ai amené sur la route des Plaines en partant de St-Benoît, surprise: on voit plus les panneaux
publicitaires que le paysage derrière). Puis proposer des formations à l'image au primaire et en collège (au moins). Le manque de connaissance du public en général et des jeunes en particulier dans la lecture des images des publicitaires est leur meilleur atout.
2. Il faut absolument militer pour limiter les crédits souvent insolvables accordés à l'ensemble de la population. Ce sur-endettement autorisé implicitement est une honte. Comment accepter qu'un citoyen de revenus modestes puisse signer des crédits faramineux qui endetteront
jusqu'à ses enfants ?
Effectivement, il y a à faire et - comme pour d'autres batailles - les efforts devraient venir du tissu associatif ou équivalent mais aussi des
pouvoirs politiques, encore une fois peu présents. Pas vraiment étonnant: combien de présidents de grands groupes en place actuellement avec des fonctions politiques ?"
Cordialement,
Yann974
Rédigé par: Yann974 | 22 décembre 2006 at 12:34
Non le 20 décembre n'est pas mort car cette journée existe comme un devoir de mémoire essentiel pour les futures générations. Mais le fait que la population préfère préparer les fêtes durant cette journée traduit peut être un désir de vivre le présent et de préparer l'avenir. Nous sommes tous Français, descendants de Juifs, d'Italiens, d'Espagnol, d'Africains ou d'Asiatiques avec, dans nos histoires respectives, des traumatismes passés. Mais s'il faut s'enrichir du passé il est aussi essentiel d'espérer un avenir meilleur. Alors si nous aspirons à un futur qui ne se résume pas à faire des achats un jour férié, il nous reste notre bulletin de vote pour un "Désir d'avenir" différent !
Serge
Rédigé par: BROUSSET Serge | 22 décembre 2006 at 15:38
"20 decemb lé mor", mais a-t-il seulement existé?
C'est à dire que depuis l'institution d'un jour férié pour commémorer officiellement la date de l'abolition de l'esclavage, a-t-on réellement fait un travail de pédagogie autour de cette date?
J'ai l'impression que consciemment ou inconsciemment, nous voulons ignorer l'histoire somme toute récente de notre société.
Quand je pense seulement au fait qu'une grande partie de la société a eu une existance civile réelle seulement à partir de cette date, rien que ce fait donne à réfléchir. Cela ne fait que 158 ans qu'une frange de la population n'a plus été considérée comme des meubles soumis aux règles du commerce( cf. le Code Noir).
Cette date a été tout naturellement associée à Sarda Garriga, mais dans la population reunionnaise, connait-on le rôle joué par Schoelcher dans cette abolition?
Cette commémoration rejoint le débat déjà mené sur ce blog au sujet de l'identité réunionnaise. Encore très récemment, ce jour s'appelait la "fèt kaf", preuve qu'une seule catégorie de la population se reconnaissait dans cette célébration.
Comme le préconisait une commerçante à la télé, il faudrait déplacer le 20 décembre au mois d'août, pour qu'il puisse être dignement célébré...
Plus sérieusement, il est plus que temps que chaque habitant de cette île s'approprie son histoire, sans tabou, et que l'on arrête de dire qu'il faut penser à l'avenir et refermer la page du passé, comme je l'ai trop souvent entendu cette année.
Rédigé par: JDB | 25 décembre 2006 at 19:22
Bonjour tout le monde.
Après avoir lu vos commentaires je prends les nouvelles de mon île très tristement. Je me rends compte que la Réunion perd de plus en plus son identité si j'ose dire, nous ne voyons plus le cachet local. Nous oublions trop vite d'où est-ce que nous venons et je trouve dommage de reléguer cette commémoration à une simple fête commerciale comme l'est halloween et bien d'autres fêtes.
Ici en tout cas rien ou presque n'a été entendu ou vu sur les ondes. Je souligne qu'il y a des associations de réunionnais notemment à Toulouse qui ont organisé des soirées pour l'occasion. J'espère en tout cas que les politiques qui seront en place très prochainement à la Réunion feront preuve d'un peu plus d'audace et de patriotisme créole.
Rédigé par: Belvisée Vincent | 05 janvier 2007 at 15:18