" - Allo, je suis bien sur Freedom...
- Oui, la parole est à vous...
- Chloé, excuse-moi de te demander çà, mais je suis embêtée, je ne sais pas quoi faire, j'ai un problème avec un mort..."
Je viens de finir de lire "Bob", le dernier livre de Daniel Lauret. L'auteur présente aussi son livre comme un "Freedo roman". D'émission en émission, de coup de téléphone en coup de téléphone une "freedom-histoire" se crée, se noue, se joue.
Par le truchement d'une langue familière, qui coule, on devient spectateur de cette Réunion collée à l'écoute de Radio Freedom, et de ces appelants qui créent avec Bobby, Chloé, Madame Aude et les autres, ces histoires, ces points de vue qui circulent dans l'île par ondes interposées.
La mise à distance proposée par ce livre est intéressante.



Je n'ai pas lu "Bob"... mais je connais radio-téléphone.
Ce qui aurait pu être une vraie ouverture avec la libération des ondes est aujourd’hui un leurre médiatique et chacun sait que les leurres, plus ils brillent… plus ils sont efficaces.
Branchez-vous sur leur site « On air, On air »…. Et dites-moi que vous appréciez.
De l’air, il ne faut pas avoir peur d’en perdre ni d’avoir envie d’aller en prendre pour écouter de telles inepties à longueur de journée.
L’abrutissement des masses est commencé. Jugez-en plutôt :
- Drinng…
- Allo, radio-téléphone ?
- Oui, Mme, vous êtes en direct.
- Je voudrais souhaiter un bon anniversaire à mon mari.
- Mais bien sûr, il est au travail ?
- Non, il est juste à côté de moi !
Autre exemple :
- Drinng…
- Allo, radio-téléphone ?
- Ah, Mr xxx, alors ?
- Ben oui, mi voulait dire que lo maire Saint Pir i fait pas rien pou la population, la plu i tombe dopu ( depuis ) in semaine, lo maire avek lo band zadjoints i touche gros l’argent ( sont bien payés ) mé kossa zot i fé ( que font-ils ) ???
Un petit dernier ?
- Driing…
- Allo, radio-téléphone ?
- Oui, Mme, vous êtes en direct.
- Hein, mi voulait dire tout band monde i habite XXXX que zot i peut continuer à malparler ( médire ) de moins, tout façon, comme i dit dans la chanson « Laisse parler les gens »…
- Vous avez bien raison Mme, mais les ondes de radio-téléphone ne doivent pas servir ( sic ) à des règlements de comptes. ( re-sic )
Allez, encore un :
- Drinng
- Allo, radio-téléphone ?
- Oui, Mr, vous êtes en direct…. AH, je crois qu’il s’agit d’un radio-guidage !
- Je voulais prévenir la population que sur le chemin qui passe devant ma porte, à xxxx, il y a une poubelle renversée et qu’on ne peut plus passer.
- MAIS c’est dangereux, avez-vous prévenu les pompiers ?.... Les secours sont-ils sur place ?.... Nous informons les automobilistes qu’il faut absolument éviter le secteur ….
Le der de der :
- Drinng
- Allo radio-téléphone ?
- Oui, vous êtes en direct… nous rappelons qu’il s’agit du baromètre ( sic ) et que le sujet est la réforme du bac ( re-sic ….. le projet de loi, depuis la veille, a été allégé des textes en question mais le « débat » va quand même durer 20 minutes sur le thème !!! )
Et cela à longueur de journée… mais que font la police, le CSA ? ;-)
Et, tenez-vous bien, c’est la Number One, siouplé !
Oui, je fustige :
- cette radio qui n’a de radio que le nom,
- ces «animatèrs» qui exploitent la misère humaine, «interviewent» des mineurs, coupent rapidement ceux qui ont l’outrecuidance de leur dire leur quatre vérités en direct, lancent de faux débats sur lesquels ils ne se sont même pas informés, vous relatent des accidents de la circulation ou des drames de la vie en sollicitant des quidams spectateurs indécents, promus par la grâce de leur mobile reporters d’un moment, force détails morbides,
- ces « auditèrs » qui en redemmandent.
Et il ne s’agit point de la réaction d’un lettré - qui ne l’est pas d’ailleurs –, mais bien d’un triste constat, je ne suis pas seul à le faire, d’un citoyen qui assiste à l’abrutissement et à la manipulation de toute une frange de la population… et croyez-moi, certains n’en avaient vraiment pas besoin.
Sur radio-téléphone, en dehors de quelques modestes et vraies informations sur la circulation routière et d’une émission consommation plus ou moins régulière, de «doléances» à «libre antenne» c’est du délire, de l’information non vérifiée, déformée, exagérée, du catastrophisme récurrent, du misérabilisme permanent, des diffamations quotidiennes ( un peu moins maintenant , le CSA est sûrement passé par là ), une cour des miracles virtuelle où les exclus alimentent ceux qui vivent sur leur misère, un mur des lamentations.. un « placébo » qui se donne une apparence de social, avec un fonctionnement presque sectaire où les seuls vrais services qu’ils rendaient à la population ( petites annonces gratuites, offres d’emploi… ) ont disparu.
Imaginez une telle radio à l’échelle de la métropole qui diffuserait en continu, serait captée, partout sur le territoire, et audible sur internet !
Nous vivons sur une île… une formidable caisse de résonance aussi. Toute société a ses travers, il n’est nul besoin d’une loupe grossissante pour ne présenter à l’extérieur que les aspects négatifs.
La masse ne retiendra du 14 juillet 2006 que l’anniversaire… d’une radio !!!
Rédigé par: bertel | 15 janvier 2007 à 13:25
Ben oui, Bertel,na domoun dans zot bertèl i porte galé. Je peux pour ma part citer une autre séquence: 1 auditeur qui appelle vendredi après midi et qui dit s'être interposé entre 2 personnes ( 1 Homme et 1 Femme) qui voulaient sauter du pont de l'Entre- Deux. L'animateur évoque alors le fait que les autorités veulent poser des filets sur ce pont et le questionne à ce sujet. Personnellement, j'appelle pas ça du délire. J'appelle ça refléter sur les ondes notre triste réalité : celle de nos filets - sur la route en corniche et sur les ponts- et les poissons que nous sommes ... ZISKAKAN entendrons-nous tant d'injustices en continuant à nous boucher les oreilles ? ENGAGEONS NOUS pour une société qui affiche une multi culturalité riche et heureuse au soleil. RENDONS CETTE AFFICHE plus vraie.
Rédigé par: Guilaine | 31 mars 2007 à 17:52
Mon cher Bertel, vous avez plus d'un tour dans votre sac et votre analyse est bien tournée. Je vous suggère de la faire partager en direct aux auditeurs sur les ondes de ...Freedom. "Catastrophisme reccurrent... Misérabilisme permanent" ? Que faites-te vous du témoignage de cette vieille personne (encore une Titine sans doute mais cette allusion ne vous dira rien si vous n'avez pas lu le roman)qui appelle, le lendemain du cyclone Gamède, pour remercier Freedom d'avoir accompagné sa solitude insomniaque sous le vent et la pluie. Notez enfin que Freedom est une radio où les gens téléphonent aussi pour partager leurs joies. Leur bonheur par exemple de toucher la neige, la première fois de leur vie, sur les pentes du volcan... Un bonheur de gens simples qui fait sans doute sourire l'habitué de Courchevel que vous êtes peut-être, mais qui fait plaisir à entendre.
Rédigé par: Franswa | 02 avril 2007 à 12:07
- Qu’est-ce qu’on va lire, qu’on va entendre, qu’on n’a pas habituellement dans les médias avec vous ?
- Vous allez entendre des gens qui s’expriment en direct, i y a tous ceux qui prennent la parole dans ces 8 pages, il y a René qui est habituellement sans voix, y a la érémiste Anna, les parents de familles nombreuses qui n’ont pas les moyens, y a l’étranger clandestin, le Malien qui est à la recherche d’un emploi, il y a les personnes âgées, il y a Saïd dans sa cité ou la jeune mariée qui est à la recherche d’un logement. Et ils vont dire eux-mêmes ce qu’ils réclament : rompre la solitude pour les personnes âgées, plus d’humanité, la parole, un logement, des papiers, la réussite de leurs enfants pour les parents… Ce sont des gens qui d’habitude ne sont pas entendus… sauf au moment de leur vote…
Vous vous demandez qui parle et de quoi ? C’est le Président National du Secours Catholique, Jean Pierre RICHER, interviewé par Colombe SCHNECK dans l’émission «J’ai mes sources» du 28 mars 2007 sur France Inter. L’intervenant évoque «Paroles de sans voix» un supplément gratuit de 8 pages aux quotidiens nationaux.
J’ai pensé qu’il pourrait dire la même chose du média gratuit Freedom et qu’il ne serait pas désavoué par l’Association « Momon papa lé la »… Il faudrait lui envoyer BOB.
Rédigé par: Kristof | 21 avril 2007 à 17:06
L’auditeur dit, mais que dit l’auteur ?
Chaque jour, dans "Le Quotidien" une vignette estampillée d’une blanche colombe, ne manque pas d’accrocher le lecteur, pour vanter la première radio de l’Ile. Celle qui vous écoute et vous donne la parole 7 jours sur 7. Je viens de découvrir BOB, le Freedoroman édité chez Azalées. C’est comme si on y était. Il ne manque que les voix… celle de l’auteur en particulier dont on aimerait mieux comprendre ce qu’il pense au fond de cette radio.
Comme à la radio, l’auteur s’efface derrière les auditeurs pour s’agacer de sa « chronique des sept misères » ; pour questionner sa gestion de la radio-réalité : « L’audimat explose et le prix de la pub grimpe au zénith » ; pour dénoncer « un tapis-mendiant de rumeurs, un patchwork de on-dits et d’opinions aiguisées par la haine » ; pour interpeller le patron : « J’imagine votre directeur dans son hamac en train d’écouter sa radio et de s’attendrir sur le sort de cette pauvre Réunion. Il devrait plutôt créer un fonds de solidarité financé par les appels payés 0,30 centimes d’euro la minute ! »
L’auditeur dit, donc. Mais que dit l’auteur ? L’engagement de Daniel LAURET est loin d’être aussi clair dans le reste du texte. Info ou intox ? Il ne serait pas inutile que le romancier puisse éclairer nos lanternes. Dans vos colonnes par exemple, ou, pourquoi pas, directement sur les ondes de cette radio dont la devise reste « la liberté d’expression ».
G. Lorion, Quotidien du 22/10/07
Rédigé par: Lorion G. | 19 novembre 2007 à 09:38
Le goût péi, oté !
Le courrier «L‘auditeur dit, mais que dit l’auteur » (Quot, du 22/10/07), montre qu’il est décidément difficile de parler de BOB (Ed. Azalées, 2006) sans parler de la radio qui a servi de cadre au récit. G. LORION interpelle le romancier pour savoir « ce qu’il pense au fond » de Freedom. BOB n’est pas un plaidoyer « pour » ou « contre » Freedom. C’est un roman, c’est à dire un texte « ouvert ». Au lecteur les analyses et conclusions.
J’avouerai cependant que l’écriture de BOB a changé mon regard sur cette radio. Je l’ai vu disparaître derrière la Réunion qui, à longueur d’onde, s’empare du micro laissé ouvert par les animateurs. Le livre a commencé par une partie de bouchon. J’étais sur la route en corniche, dans mon l’auto la marque polo, coincé dans le canal bichique, en kapkap, sous le cap. J’ai allumé le poste et la Réunion m’est tombée sur la tête. J’ai vu dégringoler pêle-mêle, Marie, Josiane, Tupin, Bébert, la vieille Titine… J’ai même cru reconnaître ma mère. Quel saisissement !
- Allo, Madame Aude, bobo !
Elle m’a recommandé les lettres. J’en ai fait un livre.
Tel un miroir parabolique, déployé au-dessus de notre île, cette radio nous renvoie une image qui crève les lunettes solaires de l’exotisme touristique. Cette Réunion qui sait donner de la voix peut surprendre, agacer, émouvoir. Elle m’a touché. L’écriture de BOB a été pour moi une véritable prise de terre. Au-delà de la vision technique, sociolinguistique du chercheur, je retrouvais une créolité vivante, les histoires de vie et la langue des repas de famille, le goût péi, oté !
Le courrier cité questionne mon « engagement ». Il importe surtout de savoir si mon texte engage le lecteur et dans quel sens. Pour sa part, G. LORION a retenu « la chronique des sept misères » et une gestion contestable de la radio-réalité. Un professeur de lettres qui m’invitait récemment dans sa classe, présentait le personnage de Marie, comme la métaphore d’une Réunion aliénée, de son addiction à une certaine radio. A chaque lecteur, sa lecture. Merci en tout cas pour ces ouvertures qui n’engagent que leurs auteurs sans pour autant dégager l’auteur. Et si on prenait l’avis d’un autre lecteur ?
Rédigé par: Daniel LAURET | 19 novembre 2007 à 09:42
slt qui chante la musique du générique du radio guidage merci a +
Rédigé par: DJCOWBOY | 10 décembre 2007 à 22:43
Dies ist ein großer Ort. Ich möchte hier noch einmal.
Rédigé par: fahrrad | 07 mars 2009 à 00:50