Toujours à propos des Etats généraux, j'ai trouvé bien intéressant le texte de Stéphane Nicaise, anthropologue, paru sous le titre "La Sainte Alliance des états généraux" dans le Quotidien du 10. Je vous le recopie ci-dessous.
Pourquoi avoir mobilisé les forces vives de la nation autour des
états généraux ? Il est vrai que, là encore, il convient de
relativiser : les participants aux E.G. n’ont guère été plus de
2500. Pourtant, le président de la République nous annonçait une
large consultation populaire, un débat sans tabou où chacun
pourrait apporter sa contribution.
Oui mais, dès l’introduction de la synthèse générale, le 4e paragraphe est éloquent : « Le choix a été fait d’organiser cette synthèse autour d’un projet stratégique commun – le Projet de territoire de La Réunion. Sur la proposition de l’atelier 3, présidé par M. Philippe Berne, vice-président de la Région Réunion, ce Projet de territoire tend vers une déclinaison des propositions des états généraux en grands projets structurants de développement durable. Chacun comprendra qu’il n’était pas possible en trois mois de débattre avec la société civile de ses aspirations et dans le même temps de finaliser un ensemble de grands projets sur ces bases. De même, on admettra qu’il était nécessaire de faire des choix en faveur des initiatives les plus abouties et jugées les plus adaptées au contexte réunionnais et à des critères de développement durable. » La messe est dite !
Sauf que, de la compilation des travaux des 8 ateliers à l’énoncé des 5 priorités pour un projet de territoire, que trouvons-nous de neuf qui n’ait été déjà ressassé depuis des années ? Les « il faudrait qu’on... » sont pléthore. Cette refonte ne fonde pas en soi le nouveau contrat social appelé à voir le jour. Et pour cause, un projet de société ne se construit pas sans la société civile, c’est-à-dire sans une majorité de citoyens. Or, rien n’est dit des moyens que l’on veut se donner pour susciter l’adhésion du plus grand nombre autour de valeurs communes. Par contre, est constatée la casse qu’on a laissé s’opérer des associations qui, justement, représentent un maillon indispensable entre les citoyens et les institutions de la République.
Alors oui, « il est nécessaire de proposer un projet structurant et fédérateur pour La Réunion », mais à qui ? Et c’est bien la question culturelle : « Il n’y aura ni prise de responsabilité ni développement réel si la question culturelle – cela même qui fonde notre vivre ensemble – n’est pas au cœur des discussions et des propositions. » À condition de sortir de la culture de la dépendance et de la gratification pour loyauté affichée aux décideurs du jour.
La crise morale est d’abord un déficit de démocratie. Notre société réunionnaise actuelle n’a pas la culture du débat contradictoire, ni des courants d’opinions capables de faire valoir des points de vue différents et d’opposer des visions de l’homme, et de l’homme en société. [... ]


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